SORCELLERIE- MAGIE NOIRE / BLANCHE

Publié le par ADM

L’ombre contre la lumière

Pour beaucoup d’occidentaux, cet article n’aura aucun sens ; c’était au Moyen age que l’on brûlait les sorcières, depuis nous avons évolué. Pour paraphraser certains médecins, même africains, « Ces histoires relèvent d’une coutume traditionnelle ancestrale, très vivace, surtout en milieu rural et qui sont le fait de population sans éducation ». En deux mots, ce que je ne comprend pas, je le nie. J’ai entendu cette interview à la radio au sujet d’enfants qui sont accusés par leur famille d’être des sorciers et qui sont jetés dans la rue.
Je reconnais que ces accusations sont presque toujours sans fondement mais surtout dues à d’autres facteurs, relationnel, économique, rivalité.., mais là n’est pas notre sujet.
Autant vous dire qu’après des années d’Afrique, je ne partage pas du tout le point de vue de ces médecins et autres sur la sorcellerie. Je sais que beaucoup de gens ont mené une vie d’expatriés en Afrique, aussi pendant des dizaines d’années, mais sont demeurés tout aussi cartésiens que les médecins. C’est peut être du à des séjours prolongés dans des bureaux climatisés. Mais pour certains amateurs de brousse, dont je suis, nous avons un autre regard sur ce sujet.
Notre ONG voulant faire de la promotion touristique pour la région de Kigoma, surtout dans le tourisme solidaire et l’écotourisme, nous cherchions, Athanase et moi, un pole d’attraction qui n’était pas proposé par les T.O (tours operators) professionnels. Nous avons pensé que ces pratiques traditionnelles utilisées par les sorciers, féticheurs et autres, pouvaient entrer dans le cadre du tourisme culturel et seraient susceptibles d’intéresser les touristes. Nous allons donc vous racontez l’histoire d’une jeune femme pour illustrer cet article.
Nous connaissons ce couple depuis presque de 2 ans, rencontré lors d’une virée en brousse. Il vivait dans un petit village, Mwasha, où les cases étaient éparpillées sur plusieurs centaines de mètres. L’homme, Abasi, est pasteur, dans la trentaine, de petit gabarit, mais infatigable ; ils ont 3 enfants, non scolarisés. Il nous avait dit que sa femme, même modèle réduit, était habitée par des esprits. Nous avons demandé dans quel camp se trouvaient ces esprits, l’Ombre ou la Lumière.
couple-Abasi-et-Marguerite
                                                            Marguerite et Abasi
Pour les gens qui ont besoin d’être éclairés, l’Ombre, c’est le mal, donc ils font de la magie noire et par opposition, la magie blanche agira pour la Lumière. Peut être qu’à ce niveau certaines personnes commencent à pédaler, alors nous allons essayer de donner quelques petits exemples pour situer un peu le contexte.
Un propriétaire de maison a besoin d’argent, il va voir son locataire et lui dit que son loyer est doublé ; s’il ne peut pas payer, il doit quitter sa maison. Le locataire mécontent, va voir un féticheur et lui demande de faire changer son bailleur d’avis. S’il ne cède pas, qu’il s’arrange pour lui créer des problèmes (expression vagues qui peut aller de la maladie, aux problèmes financiers ou familiaux et jusqu'à la mort). Donc magie noire.
Un autre, vient d’obtenir un poste de directeur financier dans une société, à la grande joie de toute sa famille élargie. Mais après quelques mois, le grand oncle lui dit que maintenant qu’il est devenu un grand directeur, il faut qu’il pense à la famille. Le gars lui répond que ce n’est pas son argent mais celui de la société. Quelle importance, tu as cet argent à ta disposition, alors n’oublie pas la famille. Si le type ne s’exécute pas, ils vont voir le féticheur pour que le gars comprenne qu’il n’a pas le choix. Magie noire aussi.
Vous avez des gens sans emploi et donc sans argent qui deviennent des traîne-savates, puis du jour au lendemain ils se mettent à payer à boire à tout le monde. Certains connaissent l’histoire de Faust, eh bien c’est exactement ça. Quand on n’est pas étouffé par ses scrupules et qu’on a envie d’avoir beaucoup d’argent, sans beaucoup se fatiguer, on va voir le féticheur. Celui-ci demande à quelle somme il pense et suivant le montant, il dit alors il faut me donner 1 ou 2 personnes. Dans les jours qui suivent, ce même traîne-savate se retrouve avec de l’argent plein les poches (pour peu de temps en général) mais dans sa famille il y a eu 2 décès. Encore de la magie plus que noire !
Nous comprenons que certains lecteurs doivent se dire que de rester trop longtemps sous le soleil d’Afrique, ça laisse des séquelles, mais les gens ont le droit de penser ce qu’ils veulent, alors nous continuons. Pour ceux qui sont intéressés de connaître les processus utilisés par les sorciers et féticheurs, je ne pourrais entrer dans les détails, ne les connaissant pas moi-même. Tout ce que je sais, c’est qu’ils utilisent les âmes errantes du bas astral, qui ont vécu dans la possession matérielle et l’intérêt personnel et à leur mort elles restent accrochées à ces possessions et tombent facilement sous l’emprise d’un sorcier qui a pu entrer en contact avec elles.
Par exemple, une des touristes (européenne) qui avait fait un trek en brousse avec nous, avait le don de voir les esprits. Elle m’a dit que dans la maison où j’habite, j’en avais 3, mais qu’ils n’étaient pas méchants. Durant notre safari, nous avons du attendre presque tout une nuit sur la plage de Sigunga, un bateau qui se faisait appeler « Désiré » ; il a fini par arriver à 2h du matin. Une fois à Kigoma, elle m’a dit avoir eu très peur sur la plage car elle a vu une vieille sorcière, très laide, qui a été étonnée qu’elle puisse la voir et qui s’est collée sous son nez, l’air mauvais. Mais ce qui l’a le plus choqué c’était que derrière cette sorcière, un peu plus loin, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes, qui semblaient prisonniers de cette vieille. Nous lui avons expliqué que c’était le cas. Cette sorcière était toujours en contact avec un de ces collègues vivant et ils utilisaient les âmes sous leurs contrôles pour commettre les méfaits commandés par les clients.
La liste des exemples étant trop longue, nous allons nous arrêter là pour revenir à la femme qui nous intéresse.
Cette jeune femme, qui ne sait ni lire ni écrire, rendait service en soignant des gens par le traitement des plantes. Elle-même n’y connaissait rien, mais un des esprits qui l’habitent était un ancien féticheur qui soignait de cette façon. Quand un malade venait la voir, elle laissait l’esprit guérisseur prendre le commandement de son corps; il faisait le diagnostic, allait en brousse pour chercher les bonnes plantes, le dosage pour la préparation et donnait les explications pour l’utilisation du remède. Elle nous avait dit qu’elle avait 11 esprits, dont le principal était une ancienne sœur, Marguerite ; depuis ce moment nous appelons toujours cette femme, Marguerite.
Marguerite-devant-son-cabinet
                                          Marguerite devant son cabinet de travail
Pendant ces 2 ans, nous avons rendu visite plusieurs fois à ce couple, seuls ou accompagnés de touristes et inévitablement, il s’est produit ce qui arrive fréquemment en Afrique lorsqu’il y a présence de blancs ; tout le village est devenu envieux, donc jaloux, donc avec un esprit de vengeance et de destruction. Pourquoi les blancs sont toujours chez eux ? Ils doivent faire beaucoup d’argent avec eux et nous on nous laisse sans rien. C’est vrai que la bêtise est souvent proportionnelle au niveau d’instruction. C’est malheureux à dire, mais le moteur de la plupart des individus en Afrique, c’est l’envie, la jalousie et ça les rend destructeurs. Un jour où Abasi et sa famille se sont absentés, des gens ont brûlé leur maison.
Ils ont donc changé de village et c’est dans leur nouvelle case que nous les avons trouvé, à Mahanga, dans les 70 km de Kigoma, sur l’axe principal.
Ils sont la depuis le mois de juin de cette année, donc leur habitation est des plus sommaires ; Presque tous leur biens ont été brûlés avec leur maison à Mwasha. L’élément le plus contraignant, c’est l’eau ; dans l’autre village il y avait la rivière très proche de la maison, ici l’eau se trouve à plus de 3 km. Mais ils nous ont expliqué qu’ils vivaient ici en harmonie avec les gens du village et que c’était l’esprit de Marguerite qui leur avait dit de se mettre à cet endroit.
Habitation-Abasi
              Leur nouvelle maison sans porte; Marguerite aux fourneaux dans la cuisine
Tente
                                     Notre tente et la case de la mère d'Abasi
D’ailleurs elle nous a dit aussi qu’elle savait depuis plusieurs jours que nous allions venir car il l’avait prévenu. Le chairman (chef) de ce village a une équipe de pêcheurs à Kigoma, mais ils avaient des problèmes car ils ne ramenaient rien après une nuit de pêche. Le chairman a donc demandé à Marguerite de l’aider à résoudre ce problème. Apres son traitement, son équipe a ramené 14 casiers et le lendemain, 20 casiers et depuis ça produit normalement.
Un autre chef de pêche avait des problèmes similaires et Marguerite a aussi réglé son affaire. Sa productivité est normale.
Marguerite a expliqué à Athanase, qui me traduisait, qu’à Mwasha, elle traitait les malades avec des herbes qu’elle gardait dans un bocal. Un jour, elle a trouvé le bocal vide et a pensé que quelqu’un lui jouait un tour. En fait ses esprits lui ont expliqué que c’était eux qui avaient fait disparaître ces plantes car à partir de maintenant elle soignerait les gens uniquement avec de l’eau et de la terre. Elle nous a dit qu’elle avait senti une grande force en elle, qui la poussait à faire certaines choses. Nous avons demandé quel genre de choses ? Elle nous a dit que dimanche dernier, à l’église, pendant que les gens chantaient, elle s’est levée et a dit que si certaines personnes voulaient rester dans cette église, il fallait qu’elles demandent pardon pour les bêtises qu’ils avaient fait. Ils ont tous ri. Alors elle a commencé à dire nommément ce que les gens avaient fait et que s’ils ne demandaient pas pardon ils devaient partir.
Ca a certainement jeté un froid, mais elle nous a dit que les gens ont reconnu les faits et se sont exécutés.
Marguerite a deux particularités ; la première, elle traite les gens gratuitement, elle ne demande jamais rien en retour et la seconde, elle n’aide que les gens qui ont le cœur pur. En Afrique, ils sont tous dans les églises, les temples et les mosquées, mais question cœur pur, dur dur à trouver ! Cette façon d’agir a poussé la communauté à changer tout doucement de comportement.
Le chairman reconnaît que depuis qu’ils sont arrivés dans ce village, les jeunes se saoulent moins, ils fument un peu moins de chanvre, les femmes font attention à ne pas céder aux propositions des autres hommes contre de l’argent ou autres avantages. Tu m’étonnes, si on ne va pas à l’église ou à la mosquée on est catalogué et si on y va et qu’on y étale toutes nos histoires, ça aide à pousser au changement ! Les habitants, dans l’ensemble sont très contents de leur présence et contribuent à les aider en tout, car ils savent qu’ils n’ont aucune rentrée d’argent. Ils aident à construire leur maison, à donner du bois, et nourriture. Nous avons constaté que leur habitation n’a pas de porte mais un villageois leur a promis qu’il allait en faire une.
Abasi et Marguerite ont dit qu’eux aussi été content d’être là car ils sentaient l’amour et l’harmonie dans ce village et ça les change beaucoup de Mwasha.
Donc vous avez compris que Marguerite et Abasi, qui l’aide par ses prières en tant que pasteur, combattaient l’Ombre, en cassant les envoûtements et autres sortilèges en utilisant la magie blanche par les dons que cette femme a reçu. Ils sont d’ailleurs toujours rayonnants et toujours en train de rire et quand on voit leurs conditions de vie, cases sans porte, les toits pas étanches, les gosses qui dorment par terre, sans moustiquaire alors que les moustiques pullulent et sont très agressifs, personnellement je leur tire mon chapeau ; nous ne les avons jamais entendu se plaindre depuis que nous les connaissons et en Afrique c’est plus que rare et ce sont des gens que nous prenons plaisir à aider car ils ont beaucoup de travail a faire. L’Afrique croule sous la magie noire, n’en déplaise aux aveugles !
Ce village a une rivière importante, la Malagarasi, la plus importante qui se jette dans le lac Tanganyika, mais elle se trouve à plus de 1,5 km du centre du village. Le chairman nous a demandé s’il était possible de les aider à rapprocher le point d’eau, car les mamas qui travaillent toute la journée dans les champs, souvent à plusieurs km, n’ont même pas d’eau en rentrant pour se laver et sont trop fatiguées pour aller à la rivière en chercher. La corvée d’eau est réservée aux femmes en Afrique, c’est pour ça que la majorité des jeunes filles aux villages ne vont pas à l’école car c’est la main d’œuvre qui part. Quand il y a des vélos, vous avez des norias faites par des jeunes qui vendent l’eau qu’ils vont chercher avec des jerricans de 20 litres, en plastique.
La-Malagarasi
                                             La Malagarasi
Le chairman nous a aussi parlé de l’école primaire, dont le toit s’est effondré et il nous a sollicité, en tant qu’ONG dans le développement pour les aider à compléter le matériel que le gouvernement a donné pour la nouvelle école ; ils avaient les tôles pour le toit, mais pas assez de bois pour les charpentes. Nous avons dit que le montant n’étant pas élevé, nous ferons le nécessaire pour que le toit soit rapidement posé car la saison des pluies a commencé et s’annonce très mouillée ! Par contre pour la construction du tank qui amènerait l’eau plus près du village, ça serait plus long car nous ne disposions pas à ce jour du moindre dollar à mettre dans ce projet, mais qu’avec la foi qui les anime, il se fera certainement.
Ecole-sous-l-arbre
                                                 La classe sous l'arbre
J’ai souvent dit à Athanase qu’il serait bon que la jeunesse occidentale vienne passer quelques temps dans ces villages pour comprendre ce que c’est que d’être vraiment démuni dans une société ultra matérialiste.

Publié dans Promo-tourisme

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